En RDC, la province du Sud-Kivu est réputée pour la production d’or et de minerais 3T (étain, tungstène, tantale). Alors que l’orpaillage illégal et la contrebande privaient l’Etat d’une partie des recettes, le gouverneur Jean-Jacques Purusi avait décidé en juillet 2024 d’y suspendre les activités minières.
Selon le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi (photo), les audits engagés à son arrivée à la tête de la province congolaise ont permis de constater que 1600 entreprises, dont une grande partie à capitaux chinois, opéraient illégalement dans la région, sans permis de recherche, en n’étant pas enregistrées et en ne payant aucune taxe. A titre de comparaison, les autorités estimaient le chiffre à environ 400.
Intervenant dans le cadre d’une audition devant la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française sur la situation dans la région des Grands Lacs, le gouverneur a fourni de nouvelles données intéressantes sur le secteur minier congolais et l’orpaillage illégal auquel les autorités font face. Selon Jean-Jacques Purusi, le Sud-Kivu serait jusqu’à 14 fois plus riche que le Lualaba, province congolaise emblématique de la rente minière grâce au cuivre et au cobalt, avec 53 millions $ de recettes nettes mensuelles. Pourtant, le Sud-Kivu n’en tirait qu’à peine 500 000 dollars de recettes par mois.
Pour le secteur aurifère uniquement, des milliers de kilos d’or quitteraient illégalement la province tous les six mois, en transitant par le Rwanda, où le minerai est raffiné dans des usines proches de la frontière, sans aucun dividende pour la RDC. Le gouverneur estime que 67 % de la production minière du Sud-Kivu est dirigée vers le Moyen-Orient (Dubaï, les Emirats arabes unis ou encore l’Arabie Saoudite), le reste allant en Chine, tandis que l’Europe ne capterait que moins de 2 %.
Entre autres raisons évoquées pour expliquer cette situation, le gouverneur a cité un système de taxation trop lourde (plus de 1400 taxes selon ses chiffres), une lourdeur administrative, la corruption, etc. Selon lui, la feuille de route engagée comprenait plusieurs réformes qui portent notamment sur la réduction de ces taxes, la mise en place d’un processus de bancarisation, de numérisation et l’implémentation d’un guichet unique pour toutes les transactions commerciales. Les autorités indiquent aussi avoir arrêté une quarantaine de hautes personnalités impliquées dans la corruption, et contraint les entreprises chinoises opérant illégalement à régulariser leur situation en commençant par payer les taxes. Le premier mois après le début de la mise en œuvre desdites réformes, les recettes minières générées ont été triplées, passant de 500 000 à 1,75 million de dollars. Si toutes les réformes vont au bout, les estimations indiquent que le chiffre peut augmenter jusqu’à 25 millions de dollars chaque mois.
Bien que l’illégalité qui prévaut dans l’exploitation des ressources minières dans la région des Grands Lacs ait déjà été largement couverte, les nouveaux détails donnés par le gouverneur de la province du Sud-Kivu ont de quoi interroger sur l’ampleur réelle du phénomène. D’autant plus que la situation sécuritaire dans la région s’est dégradée ces derniers mois, le M23 ayant pris le contrôle de plusieurs zones stratégiques, notamment autour de Goma et Bukavu. Malgré les tentatives de médiation, les efforts régionaux et internationaux peinent à ramener la paix dans cette partie du territoire congolais. Alors que les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame se sont rencontrés en mars dernier au Qatar pour discuter d’un possible cessez-le-feu, aucune avancée majeure n’a encore été communiquée dans ce sens.
Loin d’être une simple question sécuritaire, la crise dans la région revêt des enjeux économiques qui impliquent au-delà de la RDC et du Rwanda, plusieurs autres acteurs sur le plan international. Pour le Sud-Kivu, la fin de ce conflit pourrait permettre d’aller au bout des réformes engagées pour permettre à la province et l’Etat de mieux profiter de l’exploitation de leurs richesses minières.
























